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La Fin d'un Monde

Dernière mise à jour : il y a 5 jours



La fin d'un monde

Quand la Fédération devient concurrente de ceux qu'elle représente


Depuis plusieurs semaines, la création de l'école de croisière Hozen par la Fédération Française de Voile suscite de nombreuses réactions au sein de la filière nautique professionnelle. Derrière l'effet d'annonce et une communication moderne, inclusive et ambitieuse, une question fondamentale se pose : quel est aujourd'hui le rôle d'une fédération sportive ?

Pour de nombreux professionnels de la voile, cette initiative marque peut-être une rupture historique dans le modèle qui a permis à la voile française de se développer depuis plus de soixante-dix ans.


Une fédération au service de ses clubs et de ses licenciés

Créée après la Seconde Guerre mondiale, la Fédération Française de Voile a construit son développement sur un modèle associatif et bénévole. Sa mission a toujours été claire : développer la pratique de la voile, former les encadrants, accompagner les clubs, promouvoir l'accès à la mer, représenter la discipline auprès des pouvoirs publics et faire rayonner les équipes de France jusqu'au plus haut niveau de compétition.

Au fil des décennies, ce sont des milliers de bénévoles, de moniteurs, de dirigeants associatifs et de professionnels qui ont contribué à bâtir ce réseau unique. Les licences, labels, affiliations et cotisations versées par les structures ont permis à la fédération de remplir ses missions de service à la communauté nautique.

La relation était simple : les clubs et écoles de voile adhéraient à la fédération, et celle-ci travaillait au développement de l'ensemble de la filière.

Mais depuis plusieurs années, une évolution semble s'opérer. Les fédérations sportives sont de plus en plus amenées à développer leurs propres activités commerciales, leurs propres marques et leurs propres offres. La création de Hozen apparaît aujourd'hui comme l'aboutissement de cette transformation.


Hozen : une école de voile créée et exploitée par la FFVoile

Présentée comme une école de croisière embarquée de nouvelle génération, Hozen est détenue à 100 % par la Fédération Française de Voile. Basée à Lorient, elle propose des stages de croisière de plusieurs jours à bord de voiliers habitables, du niveau débutant jusqu'au perfectionnement.

La communication de Hozen repose sur plusieurs arguments forts :

  • une voile plus accessible ;

  • une pédagogie dite bienveillante ;

  • une approche centrée sur le collectif ;

  • des stages féminins dédiés ;

  • une volonté affichée de rendre la croisière plus inclusive.

Les stages sont commercialisés directement auprès du grand public sous la marque Hozen. Les tarifs annoncés se situent autour de 500 € pour des stages de plusieurs jours.

Pour exploiter cette activité, six voiliers de type Sun Odyssey 350 ont été mis en service à Lorient. La presse spécialisée et régionale présente ce projet comme une initiative portée directement par la Fédération Française de Voile.

Sur le papier, l'objectif paraît louable : attirer de nouveaux pratiquants et moderniser l'image de la croisière.

Mais sur le terrain, la perception est tout autre.

Une profonde incompréhension chez les professionnels

Depuis l'annonce du projet, de nombreux acteurs du nautisme s'interrogent.

Car pour la première fois, la fédération ne se contente plus d'accompagner des écoles de voile ou de promouvoir leurs activités : elle devient elle-même opérateur commercial.

Autrement dit, elle entre directement sur le marché occupé par les clubs, les associations, les écoles de voile indépendantes et les entreprises nautiques qu'elle est censée représenter.

Cette situation soulève une question simple :

Comment demander à des structures de payer une affiliation, des licences, des labels ou diverses cotisations à une organisation qui devient simultanément leur concurrent direct ?

Dans n'importe quel autre secteur économique, une telle situation créerait immédiatement un débat sur les conflits d'intérêts.

Les professionnels financent une institution dont la mission historique consiste à développer leur activité collective. Aujourd'hui, ils découvrent que cette même institution commercialise ses propres produits, ses propres stages et sa propre offre de formation.

Le malaise est réel.


Des questions légitimes qui méritent des réponses

Au-delà du principe même de concurrence, plusieurs interrogations demeurent.

Comment le projet a-t-il été financé ?

Quel est le modèle économique exact de Hozen ?

Quels fonds ont permis l'acquisition ou l'exploitation des six voiliers aujourd'hui utilisés ?

Quelle séparation existe entre les ressources fédérales issues des licences et les ressources consacrées à cette nouvelle activité commerciale ?

Quels garde-fous garantissent l'absence de distorsion de concurrence vis-à-vis des structures affiliées ?

Ces questions ne sont pas des attaques.

Elles relèvent simplement d'une exigence normale de transparence lorsqu'une fédération sportive investit un marché déjà occupé par ses propres adhérents.


Quel avenir pour les écoles de voile affiliées ?

La question centrale est désormais celle de la confiance.

Pourquoi continuer à s'affilier à une fédération qui développe demain les mêmes produits que ceux proposés par ses adhérents ?

Pourquoi financer une structure qui peut ensuite utiliser sa puissance de communication nationale pour promouvoir sa propre offre commerciale ?

Pourquoi investir dans des labels, des licences et des démarches fédérales si celles-ci contribuent indirectement à renforcer un concurrent ?

La voile française s'est construite grâce à un réseau d'hommes et de femmes passionnés, souvent bénévoles, parfois entrepreneurs, toujours engagés pour transmettre leur savoir et faire découvrir la mer.

Aujourd'hui, beaucoup ont le sentiment que l'équilibre historique entre la fédération et ses affiliés est en train de se rompre.


La nécessité d'un débat

Ce texte n'est pas un réquisitoire contre la Fédération Française de Voile.

La FFVoile demeure une institution essentielle pour notre sport et pour son rayonnement national et international.

Mais précisément parce qu'elle est une institution essentielle, elle doit entendre les interrogations qui remontent du terrain.

Le développement de la voile française ne peut reposer sur une mise en concurrence entre la fédération et ceux qui la financent.

Les professionnels, les clubs et les écoles de voile ne demandent pas un privilège.

Ils demandent une clarification.

Ils demandent de comprendre.

Ils demandent surtout de savoir quelle vision de l'avenir la fédération souhaite construire avec eux.

Car au-delà du projet Hozen, c'est bien la question du modèle de la voile française qui est aujourd'hui posée.

Et pour beaucoup d'acteurs du secteur, cette question ressemble déjà à la fin d'un monde.

 
 
 

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